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 Revue de presse (suite)
 
 

Yvette HORNER : La femme aux doigts d'or



Comme papa et l'oncle Henri sont d'accord, Yvette, qui à 11 ans interprète déjà Saint-Säens, Chopin et Mozart, s'exécutera, la mort dans l'âme: "Je ne pouvais m'y faire. Chaque fois que j'entendais un morceau de piano, des sanglots me nouaient la gorge... Et je me révoltais intérieurement: "Jamais je ne pourrai jouer sur un instrument comme ça. C'est trop agressif, trop musette, presque faux... Pendant trois ans, j'acceptai mal mon nouvel instrument, je ne pensais qu'au piano, continuant de jouer à l'accordéon "Guillaume Tell" et "Le Barbier de Séville", "La pie voleuse" et "Poète et paysan".

Ainsi naquit un style, devenu bientôt un art de vie, et finalement un destin: la carrière d'un accordéoniste après-guerre tient à la fois du challenge, du baroud d'honneur et de la performance sportive (d'où peut-être les liens si forts tissés avec les champions du bitume: elle enregistra même avec Poulidor, (Poupou et Vévette réunis, toute la France des sixties!), et elle tournera derrière plus d'un peloton en jouant dans une voiture à toit ouvrant, puis sur des podiums aux arrivées d'étapes! De quoi paraphraser la fameuse formule de Guillaumet à Saint-Ex: "Ce que j'ai fait, aucun accordéoniste ne l'aurait fait!". D'autant plus qu'il fallait faire tous les jours sa "toilette des doigts", petite gymnastique destinée à ne pas perdre la main: "Mes doigts sont un capital, écrit-elle en 1987. Ils sont assurés pour 6 millions de francs. Je me dois de les entretenir, de les préserver. Je ne porte jamais un objet lourd, je n'utilise jamais un marteau. Ce sont là des règles sacro-saintes. Aujourd'hui encore, chaque matin, je pratique ce que j'appelle ma " toilette des doigts ". Durant une heure ou une demi-heure, dans le pire des cas, je travaille, en profondeur, tous les exercices de la méthode Hanon... J'ai toujours eu entre les doigts les études de Listz au piano".

De même, détail révélateur et amusant, toutes les manches gauches de ses vêtements ont-elles "un centimètre de plus que les manches droites, parce que les muscles de mon bras gauche, celui qui tire le soufflet, sont plus développés que ceux de l'autre bras". Petits aperçus très éloquents sur un métier qui, sans en avoir l'air, constitue aussi une émancipation de la femme contemporaine: d'autres, comme la jeune Domi Emorine (médaille d'Or Sacem 1998) prennent aujourd'hui le relais. Yvette féministe ? En tout cas, pionnière, militante à sa façon, et sûrement cas d'espèce en matière de perfectionnisme: "Même dans les classiques du musette les plus galvaudés, j'ai toujours cherché à améliorer mon jeu, à apporter une variante, une touche supplémentaire, à améliorer pour enrichir... Si je me retourne sur ma vie, je ne vois qu'une masse de travail pesant sur mes jours.

Pas étonnant que tant de "gens sans importance", comme aurait dit Gabin (qui l'appréciait), et parfois d'autant plus importants, se soient reconnus en elle, et lui aient d'ailleurs envoyé tant de présents des quatre coins de nos provinces: dans son " chalet aux souvenirs ", cabane enfouie au fond de son jardin de Nogent, derrière une maison singulière où presque tout, cheminée, table, lampe, sièges, glace, cendriers, porte-savons est en forme d'accordéon, elle conserve ainsi précieusement mille cadeaux sans prix, objets, babioles, fanfreluches, créations faites main et pièces rares, qui témoignent de mille matinées ou soirées enchantées où elle donna du bonheur aux gens. Ici l'on trouve côte à côte un maillot jaune du grand Louison Bobet, une lampe de mineur, un télégramme de Maurice Chevalier, un dessin d'enfant, des poupées de toutes les régions, son portrait peint par un autre mineur, quelques mots de rosières ou de cheminots, des lettres de France venues d'hier ou d'avant-hier, toute une vie d'artiste et de femme dans laquelle un pays entier s'est un jour ou l'autre projeté, comme on retourne aux sources, en tournant une page de petite histoire. Yvette Horner, c'est d'abord cela, une vérité profonde, une nature fascinante, doublées d'un sacré caractère! Et s'il fallait donner le secret de son succès, on pourrait le résumer, à la manière d'Enstein, qu'elle se plaît à citer ("il disait que la vie était faite de 20 % d'inspiration et 80 % de transpiration"), par une équation: une "volonté forcenée" + talent + travail +... amour, comme dans les meilleures chansons populaires.


 
   
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